À propos

Colette POGGI

Mon parcours

Le temps des recherches

Le premier ouvrage qui a ouvert de manière décisive le chemin de mes recherches est La connaissance de soi de Marie-Magdeleine Davy. À 18 ans, cette philosophie me parlait à merveille. Je me trouvais dans un stage de yoga à la Sainte Baume, en pleine forêt, un haut-lieu de spiritualité, où le silence vibrait, où les rencontres avec d’autres chercheurs attisaient la soif de connaissance.
C’est ainsi que je découvris la pensée indienne, les Upanishads, les grands textes du yoga et n’eus plus qu’une envie, apprendre le sanskrit pour traduire ce qui ne l’était pas encore, m’immerger dans cet univers où tout faisait sens, enfin !

Le temps des recherches 

Tout en poursuivant ma formation en yoga avec François Lorin, je commençai donc mes études universitaires à Aix-en-Provence, en sanskrit et en études germaniques… en raison de ma fascination pour Rainer Maria Rilke. Deux événements extraordinaires se produisirent. Je fis tout d’abord, en 1979, la rencontre d’un professeur indien, Anand Nayak, professeur en Sciences des religions à l’université de Fribourg (Suisse), qui me fit progresser très rapidement grâce à une pratique du sanskrit à l’écrit et à l’oral. Ces cours se tenaient à Paris où je me rendais très régulièrement ; les visites au musée Guimet et tout à côté, à la bibliothèque de l’Institut de Civilisation Indienne, alors avenue du Président Wilson, rythmaient ces séjours aussi brefs qu’intenses. Anand Nayak, très impliqué dans un dialogue vivant inter-spirituel et inter-religieux, organisera divers voyages universitaires sur l’étude des religions auxquels je participai. En Chine et au Japon en 1982, nous avons fait la rencontre de plusieurs communautés qui nous ont reçus dans de haut-lieux spirituels. De même en Inde en 1986 : Ajanta, Ellora, Arunacala, la montagne sacrée où vécut Ramana Maharshi, divers groupes soufis d’Hyderabad, parsis de Bombay…

J’avais découvert au tout début de ces études le Shivaïsme du Cachemire, école éminente du Tantra non-dualiste, grâce à Ram avec qui je pratiquais le tai chi chuan ; cet ami avait constitué une prodigieuse bibliothèque de manuscrits sanskrits rassemblant des Tantra et textes relatifs au Shivaïsme du Cachemire en particulier. Je me plongeais alors dans les ouvrages de Lilian Silburn, incomparables pour qui veut vraiment saisir l’essence de ce courant. J’eus le bonheur de faire sa rencontre en 1981, événement qui marqua un tournant radical dans ma vie, non seulement pour mes recherches mais surtout sur le plan de ma vie intérieure. Chacune de nos rencontres, pendant une douzaine d’années, eut un caractère inoubliable, car sa profondeur n’avait d’égal que sa simplicité, son cœur rayonnant la luminosité de son esprit.

Parcours universitaire

Sur le plan universitaire, j’ai soutenu une première thèse à Aix-en-Provence en 1986, intitulée Les Œuvres de vie selon maître Eckhart et Abhinavagupta ; elle comprenait la traduction du quatrième et dernier livre du Commentaire sur la Reconnaissance par Abhinavagupta, sous la direction de René Gérard, auteur de L’Orient et la pensée romantique allemande (Paris, 1963) et d’Anand Nayak. Je décidai quelques mois plus tard de poursuivre cette recherche et pour cela, de rencontrer d’autres chercheurs. Je m’inscrivis donc en 1987 pour un doctorat de Philosophie (soutenu en 1994) à Paris IV-Sorbonne, sous la direction du philosophe indianiste Michel Hulin et fus dès lors intégrée dans une équipe du CNRS dirigée par André Padoux (indianiste spécialiste du Shivaïsme du Cachemire) et Gérard Fussman, professeur au Collège de France sur la chaire d’Histoire du monde indien. J’eus ainsi le privilège de dialoguer avec des chercheurs passionnés tels que Bettina Sharada Bäumer.
En 1989, j’obtins une bourse à la Maison française d’Oxford : non seulement les séminaires avec Alexis Sanderson me permirent de travailler la traduction en profondeur et d’intensifier mes recherches, mais je pus aussi bénéficier des trésors de l’Indian Institute Library, bibliothèque unique au monde dans ce domaine !
Quelques années plus tard, de 1999 à 2001, je fus détachée au CEIAS-CNRS (Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud), à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris.
Des séjours réguliers à la Maison française d’Oxford (MFO) m’ont permis depuis de me plonger périodiquement dans la recherche parallèlement à mes activités d’enseignement.

Ce cheminement de recherche a favorisé des rencontres fécondes avec des spécialistes d’autres domaines, ouverts au dialogue. Par exemple, Michel Bitbol (philosophie des sciences, CNRS, membre de Mind and Life) et Kirone Mallick (physique théorique, CEA Saclay) avec lequel nous avons fait des conférences à deux voix dans le cadre des Conférences du lundi organisées par Françoise Vernes (FFHY) au centre André Malraux à Paris : Couleurs de l’infini – dialogue entre une indianiste et un scientifique le 4 décembre 2017.

De même avec Philippe Cornu, spécialiste du bouddhisme tibétain, nous avons présenté à l’université bouddhique européenne (UBE) actuellement IEB, les correspondances entre le Dzogchen et le Trika (école du shivaïsme cachemirien non-dualiste).
Quant à John Dupuche, indianiste spécialiste du Tantra cachemirien, théologien vivant à Melbourne, figure active du dialogue inter-spirituel, nous partageons ensemble de nombreux thèmes de recherches. Dans le cadre des journées interreligieuses, il a notamment organisé à l’Université grégorienne de Rome le 19 octobre 2017 un colloque intitulé Illuminazione e via tantrica, « Illumination et voie tantrique », où j’ai abordé le thème suivant : « Word (vâc), creative impulse and the power of reabsorption according to Abhinavagupta, and ist parallels in Meister Eckhart and Henri Le Saux-Abhisiktânanda ».

L’ouverture à d’autres horizons

J’ai l’intuition que mon cheminement dans la forêt du sanskrit, du Tantra, du shivaïsme du Cachemire, et autres merveilles de la culture indienne, n’aurait pas été le même sans les pratiques du yoga et du taï chi chuan, mais aussi de la danse depuis mon adolescence. La providence a mis sur mon chemin des professeurs extraordinaires. Aujourd’hui je continue de cultiver chacune de ces pratiques, ainsi qu’en amateur, la musique, la poésie, la peinture.

Le goût du partage et de l’enseignement

Tout au long de ces années parisiennes, dès 1990, j’ai approfondi l’expérience de l’enseignement dans plusieurs écoles de formation de professeurs de yoga et divers centres universitaires : l’Institut des Sciences des Religions (ISTR) de Marseille, l’Université catholique de Lyon et la faculté de théologie protestante de Montpellier. Je découvris alors combien les étudiant(e)s et d’auditeurs/auditrices libres avaient soif de connaissance et de compréhension pour d’autres expériences du divin.
Il en est de même pour les élèves de yoga, notamment celles et ceux souhaitant enseigner : les premiers à m’accueillir furent Ajit et Selvi Sarkar au Soleil d’Or à Paris, puis deux pionniers du yoga en France : Eva Ruchpaul et Mahesh (Fédération française de hathayoga). Depuis, j’ai eu le bonheur de partager les intuitions indiennes sur le corps, l’univers et la vie dans de nombreux autres centres ; je perçois depuis quelques années un intérêt croissant pour la pensée indienne et les pratiques de réalisation qui s’en nourrissent.
C’est de cette motivation pour une compréhension en profondeur des sources qu’est né le projet des cours de Sanskrit et Pensée indienne par correspondance, ainsi que celui des ateliers mensuels autour d’un thème nouveau chaque année. Ils se déroulent dans un climat amical d’échange et de créativité ; chacun(e) est invité(e) à participer et à enrichir les autres par son apport original, sa compréhension et son expérience.
Par exemple nous abordons la calligraphie des mots sanskrits en « dansant » dans l’espace les lettres. La période éprouvante du Covid a un peu freiné cette pratique en mouvement au profit des visioconférences, mais j’espère que nous aurons de nouveau cette liberté de mettre en place une approche dynamique de la connaissance.